mercredi 14 janvier 2015

Dépôts de bilans à la cave - 2014 vu par Rabbit

50 sorties pour résumer 2014, cette crème de la crème toute personnelle qui n’intéressera que la poignée de curieux un brin maso lisant régulièrement ces pages... Est-ce finalement peu au regard de ma compulsivité dans ces franges majoritairement obscures et angoissées qui ne m'auront vu écarter qu'une poignée d'albums trop mélodiques ou lumineux pour figurer ici ? Beaucoup, qui sait, une fois ramené aux rares élus qui retrouveront le chemin de mes platines plus d'une fois ou deux ces dix prochaines années ? Voire peut-être bien trop, avec trop peu de repères pour avoir l'effet escompté d'inciter à la découverte ? Mais sur quels repères compter lorsque l'on apprécie justement d'arpenter ces friches peu accueillantes que les gros médias ne cessent de fuir par paresse, et comment savoir lesquels de ces disques resteront à jamais des chocs inviolés de première écoute et lesquels, sans être meilleurs pour autant, trouveront une place plus assidue à mon chevet ? Qu'importe donc, autant faire simple : mes 50 favoris à l'instant T, faites-en ce que vous voudrez.

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1. Chris Weeks & The Sadmachine Orchestra - Conductor (Odd John)




2. Death Blues - Ensemble (Rhythmplex)



3. Erik K Skodvin - Flame (Sonic Pieces)




4. Angel - Terra Null. (Editions Mego)




5. Black Swan - Tone Poetry (Autoproduction)




6. Cliff Dweller - The Dream In Captivity (Patient Sounds)




7. Lawrence English - Wilderness Of Mirrors (Room40)




8. Black To Comm - Black To Comm (Type)




9. Delta-Sleep-Inducing Peptide - Oscillopsia (Pharmafabrik)




10. The Body (w/ The Haxan Cloak) - I Shall Die Here (RVNG Intl.)



11. Belfi / Grubbs / Pilia - Dust & Mirrors (Blue Chopsticks)




12. Evan Caminiti - Coiling (Dust Editions)




13. Gimu - The Whole World Is Tired Today (Cosmic Winnetou)



14. Carla Bozulich - Boy (Constellation)




15. Cezary Gapik - Fission (Nute Records)




16. thisquietarmy & Syndrome - The Lonely Mountain (ConSouling Sounds)




17. John Pain - Darkness Floats (I Had An Accident/Sun Dialect Recordings)




18. Chicago Underground Duo - Locus (Northern Spy)




19. Nereus - Exegesis (CRL Studios)




20. Matthew Collings - Silence Is A Rhythm Too (Denovali)



21. Pharmakon - Bestial Burden (Sacred Bones)




22. John E Cab - Do What They Say (I Had An Accident)




23. Daniel Buess - Pitch (Pharmafabrik)




24. Vladislav Delay - Visa (Ripatti)




25. Ævangelist - Writhes In The Murk (Debemur Morti Productions)




26. Lawrence English + Stephen Vitiello - Fable (Dragon’s Eye Recordings)



27. Objekt - Flatland (Pan)



28. Christopher Bissonnette - Essays In Idleness (Kranky)




29. Leonardo Rosado - Adrift (Oak Editions)



30. Illuha - Akari (12k)




31. Seez Mics - Cruel Fuel (I Had An Accident/Crushkill Recordings)



32. David Shea - Rituals (Room40)



33. tētēma - Geocidal (Ipecac)



34. Anjou - Anjou (Kranky)




35. Monade - Puni (Xtraplex)



36. Tindersticks - Ypres (City Slang)



37. Erik Honoré - Heliographs (Hubro)




38. jamesreindeer - مدينة الياسمين - The City Of Jasmine (Autoproduction)




39. Charlatan - Local Agent (Umor Rex)




40. Klara Lewis - Ett (Editions Mego)


+ 10 EPs :


1. Monty Adkins - Residual Forms (Crónica)



2. The One Burned Ma - Gris Amer (Autoproduction)



3. Son Of A Bricklayer - Out Of The Fire (I Had An Accident)



4. John Pain & Egadz - Sinking Swimmer (Luana Records)



5. Cummi Flu - Gulabi Gang (Polychrome Sounds)



6. Chris Weeks - Silo (Autoproduction)




7. Monsieur Saï - Première Volte Digitale (Autoproduction)




8. Engine7 - The End Of Faith (Section 27)



9. Morbidly-O-Beats - Growing Like Fungus (Hello.L.A.)




10. Terra Tenebrosa - VITRIOL: Purging The Tunnels (Tri-Lamb Recordings)

dimanche 4 janvier 2015

Dépôts de bilans à la cave - 2014 vu par leoluce

J'ai de plus en plus de mal à classer les choses et encore plus, les disques. Mais, encore une fois, je me prête à l'exercice. Une année 2014 qui ne fut pas des plus simples mais qui a apporté son lot d'albums incroyables. Car, là, en-dessous, il ne s'agit que de la partie émergée d'un iceberg dense, aux lignes de fractures nombreuses, qui reste massif malgré les degrés désormais excédentaires. Trente-trois disques, c'est peut-être déjà bien assez mais c'est surtout bien peu. Heureusement, les autres bilans déjà publiés, ceux à venir et ceux aussi qui ne le seront jamais devraient pourvoir vous aiguiller. Ouvrez la bouche et dites "33".

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1- MonnoCheval Ouvert | Idiosyncratics Records



2- Earthling SocietyEngland Have My Bones | Riot Season



3- Mamaleek - He Never Spoke A Mumblin' Word | The Flenser



4- Have A Nice LifeThe Unnatural World | The Flenser

+ streaming


5- Lawrence EnglishWilderness Of Mirrors | Room 40



6- Noxagt - Brutage | Drid Machine Records



7- Matthew CollingsSilence Is A Rhythm Too | Denovali



8- Carla Bozulich – Boy | Constellation Records



9- Art Of Burning Water – Living Is For Giving, Dying Is For Getting | Riot Season



10- Black To CommBlack To Comm | Type



11- Fire ! OrchestraEnter! | Rune Grammofon



12- Dead NeanderthalsPrime | Gaffer Records



13- Music BluesThings Haven't Gone Well | Thrill Jockey



14- FWF - Skeptics |SunRuin Records



15- jamesreindeer - مدينة الياسمين‬‎  الياسمين - The City Of Jasmine | Autoproduction



16- Berline0.33 – The Abyss Will Gaze Back | Rejuvenation, Katatak, Tandori, Bruisson



17- PordWild | Solar Flare Records



18- L'EffondrasL'Effondras | Dur Et Doux



19- Shield Your EyesReciprocate | Romac Puncture Repairs



20- Hippie DiktatBlack Peplum | BeCoq Records



21- Terminal Sound System Dust Songs | Denovali



22- Wreck & Reference –  Want | The Flenser

streaming + chronique +


23- Zeitkratzer – WHITEHOUSE | Karlecords



24- ÆVANGELIST – Writhes In The Murk | Debemur Morti Productions


25- Monarch  Sabbracadaver | Profound Lore

streaming +


26- Dalida – s/t | Et Mon Cul C'est Du Tofu ?, Animal Biscuit, La Face Cachée, Whosbrain 



27- TadashShadow Of Dream | Autoproduction

streaming + chronique +


28- La Race4cm De Mon Amour | Et Mon Cul C'est Du Tofu ?



29- USA NailsSonic Moist | Bigoût Records



30- The Austerity ProgramBeyond Calculation | Controlled Burn Records



31- Ensemble Economique  Melt Into Nothing | Denovali



32- Hidden Forces Trio – Crows Are Council | Knockturne Records



33- Neige Morte – Bicephaale | Consoulings Sounds


samedi 3 janvier 2015

Dépôts de bilans à la cave : 2014 vu par Manolito


Incontournable période de compilation et de comparaison méticuleuse un brin dérisoire, la saison des tops annuels n’en représente pas moins l’occasion de se replonger dans un tas de beaux moments. Comme on empilerait des piles de vielles BD pour s’enfermer dans le grenier à Noël. Pour partager tous ces disques qui ont fait une année musicale, la mienne en l’occurrence, avec tout ce que ça comporte de subjectif, d'affectif et d'aléatoire dans le classement, voici mes 30 disques de 2014.

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1- Geins't Naït + Laurent PetitgandJe vous dis (Ici d'Ailleurs)




2- A Winged Victory For The SullenAtomos (Erased Tapes)



3 - FenneszBècs (Editions Mego)



4- Lawrence English - Wilderness Of Mirrors (Room 40)



5- Aaron Martin - Comet's Coma (eilean rec.)



6- James Murray - Mount View (Slowcraft Records)



7- Matthew Collings – Silence Is A Rhythm Too (Denovali)



8- Evan CaminitiCoiling (Dust Editions)



9- Otto A. TotlandPinô (Sonis Pieces)



10- Ensemble Economique Melt Into Nothing (Denovali)



11- Taylor Deupree - Lost & Compiled (12k)



12- 36Dream Tempest (36 Recordings)



13- Nothing - Guilty Of Everything (Relapse Records)



14- Siavash Amini - What Wind Whispered To The Trees (Futuresequence)



15- GravenhurstOfferings : Lost Songs 2000 - 2004 (Warp Records)



16- SaåadDeep/Float (Hands In The Dark)



17- Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra - Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything (Constellation Records)



18- PaskineNimrod (Voxxov Records)



19- Jon Porras - Light Divide (Thrill Jockey)



20- Pan & Me Ocean Noise (Denovali)



21- FauresContinental Drift (Home Normal)



22- Marsen JulesBeautyfear (oktaf)



23- MondkopfHadès (In Paradisium)



24- This Will Destroy YouAnother Language (Suicide Squeeze Records)



25- LocustAfter The Rain (Editions Mego)



26- OyaarssZemdega (Ad Noiseam)



27- Jessica 93Rise (Teenage Menopause / Musicfearsatan)



28- Mamaleek - He Never Spoke a Mumblin' Word (Flencer Records)




29- MonoThe Last Dawn / Rays Of Darkness (Temporary Residence Ltd)




30- Francis HarrisMinutes Of Sleep (Scissor And Thread)

WALABIX invite MARIS - s/t


Date de sortie : 19 décembre 2014 | Labels : BeCoq Records, El Negocito Records, TRICOLLECTIF

Un sous-bois, jonché de feuilles mortes et de branches bientôt fantomatiques. Tout ce qui est encore vivant est gris, tout ce qui est déjà mort explose en gerbes mordorées : jaune, marron et noir. La pluie s'est emparée du décor, la caméra hésite. Au loin, une trompette virevolte, devient de plus en plus présente au fur et à mesure que le cadre se déploie, tout comme le drone sépulcral en-dessous, violoncelle et saxophones. Des coups lourds et sourds rythment l'ensemble. Hors-champ, on comprend qu'une hache attaque l'écorce. La tension monte, les saxophones s'extirpent de la boue, les cymbales s'enflamment, la trompette assène des vrilles définitives puis tout se tait subitement quand Bart Maris a tué son arbre. La trompette, c'est lui. En face - ou plutôt tout autour - c'est WALABIX. Cette scène issue du très efficace trailer de WALABIX invite MARIS résume parfaitement la teneur d'un disque virevoltant et formidable : de l'énigmatique et du tendu, du vent frais et de l'énergie, des martèlements et, surtout, une rencontre. L'infatigable explorateur flamand et le quartet orléanais au jazz si nu font feu de tout bois et s'enchevêtrent inextricablement. Les douze minutes d'Ingram en ouverture sont la promesse de tout ce qui vient par la suite. Les cordes et les peaux s'agrafent au vent, les cuivres soliloquent et dialoguent, les mouvements s'enchaînent et construisent une pièce mouvante dont la tension demeure intacte tout du long. Un saxophone esseulé pour l'entame, bien vite rejoint par la trompette qui commence à danser avec lui. L'autre saxophone s'occupe des soubassements, batterie et violoncelle fournissent le caoutchouc où tout vient rebondir. Et puis ça s'envole, ça construit une boule métamorphe et rigide à la fois dont s'extirpent des gouttes de fulgurance. On ne veut pas que ça s'arrête et lorsque ça le fait, on est quand même content de pouvoir se jeter sur la suite.

Ça tombe bien, la suite est différente, plus resserrée dans le temps et marque par les lignes parallèles qu'empruntent désormais trompette et saxophones. Iciba fait l'effet d'un pas suspendu dans le vent après la longue tempête d'Ingram. Il se rapproche de ce que WALABIX proposait sur son premier album - Nus, le bien nommé (2012) - le temps de ses titres les plus dépouillés (Perceuse, Troubles I par exemple), en particulier dans la tension entre les deux saxophones puis entre eux et la trompette, puisque Bart Maris s'inclut parfaitement dans les estampes orléanaises. D'ailleurs, il ne dit pas autre chose : "Chacun étant concentré sur l'énergie, qu'ensemble, ils dégagent et alimentent, le groupe m'a accueilli avec souplesse dans son monde ouvert". C'est bien là les deux grandes réussites de cette invitation : la souplesse et l'ouverture. Elles permettent des enchevêtrements moelleux ou rugueux mais jamais orthogonaux ou forcés. La musique coule, l'air y pénètre bien plus souvent qu'à son tour, y compris lors des moments les plus contondants (Anve, plus loin). D'où cette impression de légèreté, comme si une plume de plomb volait au vent, tout à la fois éthérée mais capable aussi de fracasser les troncs d'arbre. Le violoncelle agile de Valentin Ceccaldi est décisif, balançant tour à tour des pizzicati délicats ou des drones massifs dans lesquels s'engouffrent le jeu alerte d'Adrien Chennebault derrière la batterie. Avec une telle ossature, il est ensuite facile pour les souffleurs de partir en joute ou au contraire de se répartir toute la hauteur du spectre. L'improvisation débouche sur des tranches de vie, les tonalités sont souvent magnifiques, qu'elles soient guerrières ou plus apaisées et l'on ne peut que louer la grande cohésion de l'ensemble : Quentin Biardeau (saxophones soprano et ténor) commence une phrase que Gabriel Lemaire (saxophones baryton ou alto, clarinette sib) va s'empresser de terminer avec l'appui de Bart Maris, la trompette de ce dernier va lancer un motif que les deux autres saisiront au vol pour filer leurs arabesques ténues ou plus rugueuses. Il faut dire aussi que tout ce petit monde commence à bien se connaître depuis leur rencontre au Hot Club de Gand en 2013.



Beaucoup d'aérations mais aucun temps morts et les trois quarts d'heure passent bien trop vite. Bien sûr, il arrive qu'une improvisation débouche sur un ersatz d'histoire, que la densité se retrouve trouée, que l'événement prenne le pas sur la vision d'ensemble mais ça n'entame jamais la haute tenue de cette rencontre. Et puis le disque tient en Legram une pièce maîtresse, tout en délicatesse retenue qui nous pousse de la même façon à retenir notre souffle par peur d'en casser le subtil équilibre qui voit un violoncelle murmurer on ne sait trop quoi aux pistons d'une trompette à la légèreté communicative. À l'issue de l'écoute, on comprend que la pochette reproduisant une œuvre originale d'André Robillard ne trompait pas : cette arme ne tue pas mais n'en reste pas moins une arme.

leoluce