dimanche 5 octobre 2014

Deep & Dark Download of the Day : Paul Minesweeper - Fall


Après Item Caligo, on continue d'ausculter la scène drone ambient russe et le netlabel GV Sound avec cette troisième sortie de l'année de Paul Minesweeper aka Pavel Mineev, soundscaper de Saint-Pétersbourg dont les précédentes réalisations sont en écoute ici.

Mêlant nappes extatiques et basses fréquences plus ténébreuse voire orageuses, le Russe revendique via un artwork de plus en plus futuriste et abstrait la dimension sci-fi résolument crépusculaire de ses compositions, évoquant l'obscurité sans fin et le spleen baigné de néon d'un Blade Runner. Comme sur le plus "léger" Fractal Consolation dont ce Fall est la suite directe, le drone de Paul Minesweeper se décline en itérations symétriques, ces fameuses figures fractales qui donnent leur nom à la série et dont le vortex vaporeux de motifs mélodiques en miroir et d'harmonies géométriques crée une sensation de doux vertige compensant aisément le manque d'aspérités voulu par ce parti-pris esthétique.


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samedi 4 octobre 2014

Deep & Dark Download of the Day : Item Caligo - Taedet


Notre récent coup de cœur pour le post-rock des Russes Rec008 nous aura remis sur la piste du très bon netlabel GV Sound, que l'on suivait surtout de loin pour les sorties d'Astral & Shit, pensionnaire de notre compilation Elsewhere. Avant de revenir plus amplement la semaine prochaine sur la discographie récente de ce dernier, pléthorique et souvent fascinante pour peu d'aimer le genre de drone minimaliste aux accents liturgiques dont la beauté se dévoile sur la durée de morceaux-fleuves dont les harmonies évoluent avec une lenteur consommée, intéressons-nous aujourd'hui à un autre compatriote du stakhanoviste de Neviansk, un certain Sergey Epifanov basé quant à lui à Volgograd, dans le Sud-Ouest du pays.

Pas vraiment en reste en terme de productivité avec une petite dizaine de sorties en trois ans, dont les deux premières sur le label Someone Records de l'excellent r.roo, celui qui compose sous l'identité d'Item Caligo privilégie les atmosphère feutrées d'une ambient au ton grave et solennel dont les field recordings, contemplant d'abord la nature et le chant des oiseaux pour laisser place, sur un morceau-titre aux nappes synthétiques presque hantologiques, aux suintements de l'eau dans un souterrain et aux plaintes d'un homme en souffrance, semble évoquer l'isolation et la privation de liberté. Dominée par un piano au spleen neurasthénique dont sourde une profonde tristesse embrassée sans ostentation, Taedet ("Je m'ennuie" en latin) n'est pas sans rappeler les travaux de Leyland Kirby sous son alias The Caretaker ou du temps de l'album Sadly, The Future Is No Longer What It Was, pour ce dépouillement élégiaque appelant la mort comme une délivrance de l'inadaptation, de l'apathie et de la dépression.

Beau disque, à condition bien sûr d'être d'humeur...


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vendredi 3 octobre 2014

Deep & Dark Download of the Day : Close Encounters Of The Holocaust - The Doors To The Holocaust


On vous le disait pas plus tard qu'hier, le Portugais André Consciência, pensionnaire de notre compil' Elsewhere l'année dernière avec un morceau particulièrement déstabilisant de son projet phare Babalith, fait partie de ces besogneux artisans de l'ombre -  aux deux sens du terme - que l'on ne quitte jamais longtemps des yeux. Après God's Sleeping Disorder, le revoici donc au sein de Close Encounters Of The Holocaust, projet qui l'associe à ses compatriotes Aeternum X et Sid Suicide et qui nous avait livré dans l'an passé une liturgie doom saisissante sur EP, marchant sereinement vers l'apocalypse au son des chœurs antéchristiques et des grondements saturés.

Toujours bien camouflées sous une pochette au rouge baveux évoquant les rivières de sang auxquelles on espère échapper une fois passé de l'autre côté, les prophéties ritualistes de ce second EP annoncent dans la continuité l'imminence du jugement dernier, des signes avant-coureurs aux cendres des anges exterminateurs qui recouvriront notre terre désolée une fois le carnage accompli. C'est ce parti-pris fataliste qui justifie de reléguer aux deux derniers morceaux du disque la représentation musicale - pulsations harsh et synthés apocalyptiques - de cette fin des temps commune à bien des religions. Car des vocalises presque ensorcelantes de l'Ange de la Mort aux drones de désolation étrangement olympiens d'une punition par la faim et par la privation en passant par le manifeste flippant d'Against Humanity martelant à la face de l'Homme la justification de la purge à venir par une allégorie de ses conflits passés, The Doors To The Holocaust est avant tout l'histoire d'un retour de bâton craint autant qu'attendu, une métaphore qui sait de cette rétribution de l'ordre naturel des choses dont nous posons jour après jour les fondations en nous couvrant les yeux.


Télécharger Close Encounters Of The Holocaust - The Doors To The Holocaust / Lire notre interview d'André Consciência

jeudi 2 octobre 2014

Deep & Dark Download of the Day : God's Sleeping Disorder / Obscvrii Lvnae - Split


Avec ses airs de pastiche empaillé de la Création d'Adam par Michel-Ange, la pochette de ce split entre le Lisboète André Consciência aka God's Sleeping Disorder et son compatriote Obscvrii Lvnae se joue de nos fantasmes de filiation divine aussi sûrement que les sonorités parfois cheap de cet album d'un autre temps, des synthés ouvrant Rabbit Howls à ceux qui évoquent sur The Starless Night In Autumn la BO d'un anime japonais ou d'un jeu vidéo des années 80, en passant par les distos de château hanté de l'étonnante reprise hypnagogique de Cradle Of Filth, One Final Graven Kiss.

Au doom ambient mystico-folklorique émaillé d'étranges beats pulsés de celui dont on suit de près les sorties en tant que Babalith ou encore Monte 6 - et qui compile pour l'occasion ses travaux d'avant l'arrivée du guitariste black metal Lino Mateus dans le projet, pour l'EP Faeries Of The Chasm dont on parlait ici - répond donc la darkwave gothique et shoegazeuse de l'ex black metalleux Obscvrii Lvnae. D'un côté comme de l'autre, les mélodies sourdent d'une candeur surannée (le vibraphone d'I See The Dead Sea chez GSD, les claviers d'Obedience And Emptiness pour OL), et si certains morceaux optent ouvertement pour le côté obscur (le minimalisme rampant d'After The Rain Of Fire Has Fallen, les plaintes gutturales de l'écrivain Daniela Sophia sur The Dead Wonder), la noirceur ésotérique prend sur d'autres des allures de voyages intérieurs qui emmènent très loin (Conquest Of Paradise, reprise drone onirique de Vangelis aux faux-airs de Steve Roach ; le train dans la nuit du carillonnant Eternal Guilt, Too Late For That Apology!).

lundi 29 septembre 2014

Deep & Dark Download of the Day : Hosmoz - Fading Mechanisms


Aussi singulière et alambiquée soit l'IDM du Bruxellois Hosmoz, on est presque en terrain connu venant de l'écurie Bedroom Research qui a fait de ce genre de grooves extraterrestres aux beats anguleux de cerveau-machine schizophrène sa marque de fabrique.

Moins viscéral et décadent que Trollhead, moins minutieux et rêveur que Poborsk, moins épileptique que Qebrus, moins architectural et compact que C_C, Fading Mechanisms n'est pas pour autant un disque du "moins", encore moins un album de trop dans un genre saturé en sorties téléchargeables librement. Avec ses rouleaux compresseurs rythmiques géométriques et fractionnés, ses synthés acides malaisants et autres distorsions martiennes à contre-temps, le Belge marche certes dans les pas d'Autechre, avec en sus cette dimension sci-fi cinématographique qui caractérise pas mal d'héritiers des Anglais. Mais une petite voix finit par dissoner de cette radicalité sous influence et la pochette foisonnante de rouages oculaires donne le ton, avec son purgatoire rouge-sang et vert métallisé de BD pour adultes dont un cyber-humain aux trois-quarts putréfié tente de s'échapper : mettant à profit son talent pour un beatmaking aussi dense qu'aéré, Hosmoz trace d'une ligne claire les contours de ses épopées pulsées aux allures de survival en milieu post-industriel, préférant finalement nous guider d'une case, d'une scène à l'autre dans son découpage narratif au plutôt que de nous perdre dans un quelconque labyrinthe mental.

Pas étonnant qu'un des sommets du disque s'intitule Underground My Ass - que les cousins techno-indus Fausten alourdiront plus loin d'une pesanteur malsaine sur un remix aux rythmiques bizarrement décalées qui ne convainc qu'à moitié (quoique davantage que le Psarani sous acide de Daed, décalque convenu d'AFX, ou le Remajak downtempo de TRDLX singeant sans grande inspiration les échappées stellaires déstructurées d'AtA) - et l'ultime morceau de l'album, Game Over : jamais Fading Mechanisms ne perd de vue cette distance récréative qui tient violence et noirceur éloignées aussi sûrement et discrètement qu'un écran de télé ou qu'une lampe de chevet.


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This Will Destroy You - Another Language


Date de sortie : 16 septembre 2014 | Label : Suicide Squeeze Records

Il est compliqué, en écrivant sur des musiques sombres, de ne pas revenir sans cesse aux antagonismes entre le noir et le moins noir, le gris, le presque lumineux. Plus concrètement, ce phénomène récurrent se situe dans la nature de la mélancolie, prise au sens large, dans le sentiment que procure quelque chose d’à la fois triste et beau. De la même façon qu’un peu de blanc donne matière, dimension et volume au noir, ce qu’il y a d’ardent et de presque heureux dans ces musiques en fait rayonner la tristesse. Cet album de This Will Destroy You se trouve plongé dans ce duel d’émotions et travaille en parallèle le contraste sur le plan formel. Après Tunnel Blanket sorti en 2010, Another Language est le quatrième album, en presque 10 ans d’existence, du groupe texan. Moins aride que son prédécesseur, le disque n’en est pas moins orageux. 

Plus que progressif, leur post-rock exploite deux niveaux : très fort ou très doux. Il ne s’agit pas de faire se pointer un mur de son en fin de morceau, en forme de simple climax, mais de développer les moments explosifs comme des éléments narratifs consistants. Les nuances ne sont évidemment pas en reste et, au cœur de ces montagnes russes, les mélodies caracolent à des degrés d’intensité variables. Construits comme des édifices étourdissants, les morceaux vous projettent à leur sommet, vous laissant seul en haut d’une tour face à un orage magnétique pendant que le ciel dessine des arabesques, pour ensuite vous faire redescendre au niveau des sous-bois, toujours seul, mais environné de souffles tendres et de notes mates, étouffées par l’humus. Quelques respirations ponctuent ces moments en dents de scie, à l’image du très automnal Mother Opiate traversé de nappes venteuses et d’une mélopée somnolente et du God’s Teeth de clôture, tout en sonorités analogiques et en guitares planantes. 

En écrivant ces lignes, force est de constater qu’il n’y a pas un titre de cet album qui ne soit pas de qualité. Du côté de ceux qui font la part belle au schéma calme/perturbation, le début du disque (New Topia, Dustism) forme un duo addictif, majestueux, moucheté d’éruptions qui donneraient presque des envies de cheveux longs pour headbanger proprement. Les accointances avec un certain métal se respirent donc à l’occasion. Ce n’est pas pour rien que le groupe parle de « doomgaze » pour qualifier son art - tout en citant Boards Of Canada, Autechre et Stars Of The Lid en influences. Mais passés les détails harmoniques déliés, les nappes lourdes de déluge en perspective et les riffs increvables, le cœur du propos se niche dans l’impression extatique que délivre la conjugaison de mélodies perlées et de détonations continuelles. Ce n’est pas du drone mais tant pis – le drone serait la musique d’extase (et non de transe) par excellence, selon la chercheuse Catherine Guesde. Il faut écouter Invitation pour comprendre, sentir et éprouver l’ivresse contemplative, résonnant au delà de nos pores. En toute logique, c’est dans une profonde mélancolie que ce sentiment de plénitude, beau parce qu’émaillé, plonge ses racines et se nourrit.   

Manolito