Date de sortie : 3 septembre 2013 | Label : Sargent House
Le temps, pire ennemi du chroniqueur disait-on, puisqu'il nous oblige à faire court quand on aimerait laisser la passion déborder. C'est un peu la même chose pour les remerciements que l'on se doit bien d'adresser aux nombreux curieux du Grand Jeu des Blogueurs qui ont bravé la noirceur de nos propositions et témoigné de leur intérêt pour toutes ces musiques singulières d'aujourd'hui et d'hier.
Sur le thème "FASTER PUSSYCAT KILL KILL ! - des filles qui en ont..." du Grand Jeu Sans Frontières des Blogueurs Mangeurs de Disques - troisième et dernière partie.
Du temps, il m'en aura fallu, sans parler des cautions très underground des goths dans l'âme Babalith et Foie Gras tout entiers voués à sa pop du côté obscur, pour que je finisse par laisser sa chance à Chelsea. La faute à ce retour de flamme darkwave, racolant depuis quelques années à coups de grosses ficelles glamour et maniérées, auquel j'avais malencontreusement associé dans mon cerveau bourré d'a priori l'ensorceleuse californienne dès l'encapuchonné The Grime And The Glow. Un album encore un peu vert (tiens donc ?), lo-fi et mal cadré mais dont le post-punk écorché et le folklore dark habité distillaient déjà, entre deux complaintes funestes au piano et autres saillies noise hirsutes, ce charme empoisonné qu'aucun oripeau des sombres années 80 ne saurait priver de son originalité.
Car Chelsea est une fille qui en a : en vrac, une marmite et des élixirs, des grimoires à ne plus savoir qu'en faire, un autel élevé aux dieux païens d'antan dans sa mansarde à la lisière des bois, un balai et certainement pas pour faire le ménage, des peaux de bêtes écorchées selon les rituels anciens et pas pour en tailler des bikinis façon Raquel Welch - la dame étant plutôt du genre à nous fixer, hagarde et mal peignée, de ses yeux révulsés voire même inexistants comme sur la pochette de l'intense et troublant Apokalypsis - mais plutôt des tambours pour envoyer à la guerre ses armées de lutins protecteurs des forêts. Des claviers doomesques et des guitares plombées, des sortilèges enfin, plein ses mélodies de tragédienne désabusée sur fond de rythmiques martelées, pour envoûter sans mièvrerie en se jouant des étiquettes qu'on voudrait bien lui accoler.
Une rockeuse, Chelsea Wolfe ? Plus depuis les sérénades acoustiques tourmentées d'Unknown Rooms, et le blues lynchien de Destruction Makes The World Burn Brighter n'y changera rien. Une folkeuse ? Encore raté, n'en déplaise aux cordes grattées de l'entêtant They'll Clap When You're Gone ou du dépouillé Lone. Une sorcière invoquant sur The Warden les spectres de Siouxsie et des Cocteau Twins à se trémousser sur une boîte à rythme cold à souhait et faire pleurer la plus austère des pierre tombales ? On commence à se rapprocher. Mais sous les apparences aujourd'hui mieux peignées d'une production clair-obscure aux contrastes marqués, les mystères de cette musique-là demeurent impénétrables et la voix de Chelsea cet écheveau qui noue et dénoue les destins avec un magnétisme et un lyrisme décuplés.
Rabbit





