vendredi 11 mai 2012

Retina.it - Descending Into Crevasse


Date de sortie : 19 mai 2012 | Label : Glacial Movements

On le comprend dès les premières secondes de Synth On Axis, le nouvel album des Napolitains de Retina.it porte on ne peut mieux son nom. Transfuges de l'écurie chicagoanne Hefty Records (Savath & Savalas, Telefon Tel Aviv...), on retrouve aujourd'hui Lino Monaco et Nicola Buono du côté de Glacial Movements (Stormloop, Loscil, Bvdub... et tout récemment Pjusk dont le superbe Tele est chroniqué ici) après un bref détour par les discrètes structures Mousikelab et Flatmate et si les étendues gelées auxquelles on associe naturellement les travaux du label d'Alessandro Tedeschi (Netherworld) sont loin d'être étrangères à ce choix, c'est plutôt la dimension isolationniste qu'en retient d'abord notre duo en s'enfonçant sous la glace au gré des sinuosités claustrophobes d'un étroit boyau rocheux.



Freezing The Fourth String voit toutefois ce ténébreux conduit déboucher sur une caverne aux dimensions monumentales, dont les parois phosphorescentes semblent s'animer au contact de la faible lumière émise par la torche que l'on avait pris soin d'emporter avec nous dans cette descente à l'issue incertaine.



La musique de Retina.it se fait alors hypnotique, conjuguant pulsations minimales, nappes analogiques et orchestrations synthétiques, et l'enfermement devient féérie, nous faisant oublier jusqu'à l'existence même du monde extérieur sur un Moonshine dont le ballet scintillant va jusqu'à épouser le rythme de nos battements de cœur pour mieux prendre le contrôle de nos émotions.



Ainsi, aucune raison de se méfier de cette étrange force qui nous attire peu à peu dans le plus sombre recoin de cette chambre souterraine. La lumière de la torche elle même semble se résorber à l'approche de ce puits d'ombre qui nous engloutit dans un interminable fondu au noir sans que l'on sache vraiment si l'on doit capituler ou résister. A mesure que l'on avance à l'aveugle, le sol se liquéfie et bientôt, de l'eau glacée jusqu'à la taille et l'humidité suintant de ce que l'on imagine être des stalactites suspendues comme autant d'épées de Damoclès sous une voute résonnant de mille échos troublants, une angoisse sourde nous étreint.



La lumière à nouveau, fragile, hésitante, mais suffisante pour jeter un bref coup d’œil au thermomètre qui nous sert de brassard de survie. - 32° Fahrenheit ? Un éclair de lucidité, une boucle rythmique de piano préparé charriant dans un flot indiscernable de souvenirs et de regrets toute l'urgence désespérée d'un souffle de vie qui s'accroche en vain à ce qui n'est déjà plus.



Le noir à nouveau, on s'enfonce mais sans bouger cette fois. Engourdi, et pourtant conscient, quelque part, de l'inéluctable tragédie qui s'amorce. Aucune lumière au bout de ce tunnel là, mais les échos déchirants des plaintes émises quelques milliers d'années auparavant par les âmes damnées qui nous ont précédés sur ce chemin où ténèbres et beauté se confondent, condamnées à errer entre coma et trépas. Un purgatoire de glace en mal de combustible spirituel, voilà donc la nature de ce piège qui s'est refermé sur nous sans que l'on y prenne garde et devrait faire de nous dans les semaines, les mois voire les années à venir, les tributaires désarmés des envoûtements soniques de Retina.it.



Rabbit

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