dimanche 20 janvier 2013

The Austrasian Goat - Paved Intentions



Date de sortie : 01 septembre 2012 | Label : Vendetta Records

Ce n’est pas du métal, assurément. Mais ça en vient. Ce n’est pas non plus de la folk. Enfin, pas complètement. Ni de l’ambient. C’est du black. Et dans le même temps, ça n’en est carrément pas. Paved Intentions désarçonne. Surtout pour qui a aimé se perdre, comme moi, dans les entrelacs de Stains Of Resignation, le précédent album d’Austrasian Goat qui, lui, était bien plus identifiable. Tout en ne l’étant pas. Inutile de s’embêter à poser la moindre étiquette sur ce projet ou cet album, ça ne collera pas. En revanche, les poils sont restés dressés tout du long, même lorsqu’il a fallu jongler entre les quatre faces et passer de l’une à l’autre. Une musique qui garde les oripeaux de bien des genres pour ne surtout pas se cantonner qu’à un seul. Paved Intentions est un patchwork. Blanc comme neige. Et gris anthracite. Voire complètement noir. Nuancé donc. Où qu’il aille, quelle que soit la direction vers laquelle il pointe son doigt, quelles que soient ses intentions, il captive. Il ensorcelle. Et semble à l’origine d’une multitude de papillons qui s’égaient dans le ventre. Pourtant, à le détailler comme ça, dans un premier temps il ne paie pas de mine : une guitare sèche, parfois accompagnée d’une plus amplifiée, d’une voix grave et presque chuchotée, de quelques effets et percussions et c’est bien tout. Il marque avant tout par sa simplicité. Une simplicité qui rend l’adhésion immédiate et les écoutes répétées. Mais comme d’habitude, dès que l’on habite les morceaux, une fois qu’on les connaît mieux et que l’on se concentre sur les détails pour laisser voguer l’ensemble, le disque frappe aussi par sa complexité. Et puis, les mélodies sont tout simplement à tomber. Belles, épurées et jamais superficielles. Un disque d’artisan. Un disque vrai. Des chansons qui le sont tout autant. Tellement bien écrites, tellement bien interprétées. Des éclats d’âme qui suintent de partout et percent la monotonie de façade. Oui, parce que voilà, si on aime ce disque c’est parce qu’il dépose ses tripes sur la table et ose se montrer tout nu. Parce que sa petite musique nous habite. Parce qu’elle trouve en nous un terreau où elle peut s’accrocher et grandir. Parce qu’elle parle de nous et qu’elle est authentique.

L’authenticité, la grande affaire d’Austrasian Goat. Qu’il s’appuie sur un piano solennel (Curtain), sur une guitare sèche et véloce (A Delicate Taste Of Grievance), sur des chœurs lointains  (The Order Of Hyena), sur des nappes de bruit (la fin de Nizkor) ou sur quoi que ce soit d’autre, on y croit. On le suit, on est avec lui. Dans sa bouche ou sur ses doigts. Élégiaque, souvent inquiet, voire tracassé, ce Paved Intentions. Comme l’enfer ne l’est que des bonnes. Et c’est bien en ça qu’il relève aussi de la sphère black. Enfin, c’est du black en mutation. Qui s'affranchit des canons du genre et qui, en tout cas, n’a plus rien à voir avec celui de Stains Of Resignation et encore moins avec celui qui le suivra tout en lui ressemblant complètement. Le propos, après tout, est resté exactement le même et il fallait bien partir du précédent pour arriver à celui-ci aujourd’hui. Les armes ne sont simplement plus tout à fait les mêmes. Plus contenu, presque contrit, on sent bien, lorsque la voix tonne tout ce qu’elle contient et tout ce qu’elle renferme, que ce n’est pas un disque de petit oiseau sage, même tombé du nid. Rien ici n’est guilleret. Attendez-vous plutôt à de l’obscur, à du pas clair, du trouble et du glauque mais que le traitement acoustique ne met pas en exergue. Tout cela apparaît par différences de matité et par un jeu extrêmement délicat de nuances, magnifié par des arrangements subtils et parfaits. Ne comptez pas sur Julien Louvet pour vous prendre la main et vous guider, il plante ses vignettes là et s’en va, nous laissant tout seul pour contempler et comprendre le résultat. D’une densité et d’une profondeur abyssale, on a tôt fait de se perdre dans Could The Lights Come Back ? et ses percussions tintinnabulantes, dans Broken Yad et ses nappes sèches et dans à peu près tout ce que ces quatre faces ont à proposer. « I offered my soul to musical angels but nobody’s coming… » tu parles, peut-être ne s’agit-il pas d’anges mais quelque chose est bien venu : l’inspiration, une muse, le talent. Qui imprègne tous les morceaux et leur donne tout leur éclat.

Déliquescent, complètement délavé, à l'image de son black et de sa pochette, s'appuyant en permanence sur sa guitare sèche rehaussée de nappes synthétiques et de samples qui s'insinuent joliment dans l'ossature des morceaux, les drapant d'une aura parfois quasi-industrielle - mais toujours délavée - Paved Intentions ne montre pourtant aucun signe d'affadissement. Les saveurs développées restent fortes et marquent tout autant qu'aux premiers jours déjà funèbres mais un peu plus doom. Projet d'un seul homme, bien qu'accompagné sur quelques titres par José de Diego (qui s'est également occupé de la superbe pochette) ou Joel Lattanzio, Austrasian Goat poursuit sa mue et abandonne ses peaux une à une. Toujours plus près de l'os. Jusqu'à racler les derniers bouts de chair putride ou grasse pour ne garder que les nerfs. L'épure. Quelque chose comme un cri tout en discrétion. On ne s'étonnera pas de retrouver Reto Mäder au mastering. Comme lui, ce même goût pour parer les cicatrices d'une belle dentelle finement travaillée et ce même goût pour le gris. Sur ce, on stoppera net les mots pour vous laisser seul(e) avec ces douze morceaux sur les bras et leur permettre de s'insinuer en vous, caresser vos synapses et trouver le chemin de vos doigts qui pianoteront sur le clavier pour arriver jusque .

Le voyage vaut le détour et il y a fort à parier que vous aussi n'en reveniez pas.


leoluce

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