mardi 24 décembre 2013

Tsone - Exiles


Date de sortie : 6 décembre 2013 | Autoproduction 

Rarement le crépuscule, dans toute la symbolique sous-jacente qu'il englobe, n'aura trouvé pareil représentant.  La fusion des deux êtres est telle qu'il est presque difficile de savoir qui a inspiré l'autre. Une évidence, une justesse de production infaillible. Exiles narre un quotidien banal, bouffé par la solitude et les quittances de loyers. Tout aussi simple et évident qu'un café-clope ou qu'un soleil qui se cache chaque soir. Tout est sujet à l'exil. Tout n'est qu'une perpétuelle fuite. Cet album n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres.

La justesse et la pertinence de ces musiques ambiantes ne sont en rien fondées sur les mathématiques. Il en faut pourtant peu pour qu'elles deviennent ennuyeuses, sans intérêt réel. Un ton trop haut, ou trop bas, un brouillard synthétique bien trop épais pour espérer accrocher quelques notes, une réverbération hardcore qui fait saigner les tympans. Et la chaîne est brisée, l'immersion n'est plus, la lassitude prend le dessus. Ayant conscience du caractère purement subjectif de cette intervention, je laisse le soin aux oreilles affûtées de trancher par elles-mêmes. Certaines trouveront cet Exiles à n'en pas douter chiant comme la pluie, d'autres y verront du génie, une révélation. Et comme chez DCALC le but n'est pas de ruiner des artistes, il n'est pas bien compliqué de déduire de quel côté cette chronique est rangée. Mais alors, qu'a-t-il bien de spécial cet album? 

Rien. Tsone, comme à son habitude, ne nous laisse écouter que sa modestie, une musique vidée de tout artefact lacrymal, sincère, simple. Outre ses drones électriques flamboyants (Prisms, mirrors, lenses, ou encore en dernière phase de Zhuangzi dreaming of a butterfly), qui par ailleurs prennent de moins en moins de place au sein des compositions du bonhomme originaire de Phoenix, Exiles affiche un calme au demeurant plat, aux subtiles et peu nombreuses variations harmoniques. À certains moments, un quasi silence, parfois une certaine monotonie, souvent quelques bribes de nostalgie. L'humilité de celui qui parle peu mais bien, un astre qui se refuse à être reconnu, tout en brillant à son insu (In defense of a slip of the tongue).

Cet album ne parle pas de la fin du monde, encore moins de l'éveil de notre ère. Il ne traite pas de sujets d'Histoire, n'est pas le résultat d'une pensée métaphysique à la mord-moi-le-noeud. Il n'est que traduction de l'instant présent, allégorie d'un voyage intérieur entrepris par tout un chacun, photographié à un instant T. Une page d'album photo dont nous seuls pouvons tourner les pages. S'adressant tout à la fois à personne et tout le monde, la lumière d'Exiles traverse chacun des prismes de la conscience collective. Nappé de souvenirs difficiles à reconstituer, il ramène à un " maintenant " insignifiant mais ô combien précieux pour quiconque se laisse imprégner par son aura si familière. Une oeuvre personnelle et tournée vers le commun, presque même éducative. Car ce à quoi nous avons affaire relève bel et bien d'un leçon de vie.

Immanquable.

- inoui -

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