mercredi 18 avril 2012

Steve Roden & Machinefabriek - Lichtung


Date de sortie : 23 avril 2012 | Label : Eat, Sleep, Repeat

Alternant des compositions du musicien et plasticien californien Steve Roden et de son homologue néerlandais Rutger Zuydervelt aka Machinefabriek, Lichtung ne choisit pas la solution de facilité pour marquer les débuts du label londonien Eat, Sleep, Repeat, qui publiera également en CD ce même 23 avril le quatrième album des Anglais Minus Pilots dont on vous reparlera sûrement (en attendant, un avant-goût par là). Ces 9 pièces font en effet partie de la bande-son d'une installation audiovisuelle signée par l'Allemande Sabine Bürger, un exercice dont sont particulièrement friands ces deux stakhanovistes de l'improvisation et du sound design portés sur les enregistrements de terrain (les fameux field recordings).

Ainsi, Machinefabriek livrait récemment via Bancamp le très abstrait 15/15, ballet évolutif de fréquences synthétiques évanescentes spécialement étudié pour le système Soundpiece, soit 32 haut-parleurs installés sous le square Schouwburgplein de Rotterdam, mais tout aussi fascinant sur disque. Quant à Steve Roden, il vient de sortir Berlin Fields sur le jeune mais prometteur 3Leaves, label du Hongrois Ákos Garai spécialisé dans les rapports entre musique et environnement : un carnet de voyage couché sur enregistreur portable ou téléphone et documentant ses interactions sagement pesées avec les univers sonores de Paris, Berlin ou Helsinki, usant d'objets trouvés ou d'éléments naturels comme autant d'instruments de fortune à exploiter dans un rapport quasi mystique avec les différents lieux visités (aperçu ici).

Enfin, à ceux qui préféreraient démarrer par un album plus accessible voire mélodique, une collaboration avec le vétéran Steve Peters vient également de voir le jour via 12k. Disponible depuis février, Not A Leaf Remains As It Was déroule sur quatre morceaux fleuves lancinants et néanmoins reposants ses méditations acoustiques improvisées autour de phonèmes tirés aléatoirement de poèmes japonais et récités à l'oreille par les deux musiciens. Pour vous faire une idée du résultat, le site du label de Taylor Deupree vous en propose deux extraits, et pour en savoir davantage, heureux hasard du calendrier, il vous suffit d'aller faire un tour chez nos confrères de Chroniques Électroniques qui en publiaient justement la review il y a quelques jours.

Quant au Lichtung qui nous occupe ici, il est d'une approche nettement moins évidente. En adéquation avec l'installation qu'il accompagne, inscrite dans une série évoluant autour du concept allemand de "heimat" - le lieu où l'on est né, où l'on a vécu ses premières expériences formatrices, qui a marqué notre identité en somme - la musique des deux soundscapers est aussi nébuleuse et fragmentée que nos souvenirs peuvent l'être, confondant espace et temps au fil d'instrumentaux emboîtés dont la cohérence fait fi des techniques particulières à chacun des deux musiciens, davantage dans l'impressionniste concret pour Roden ou dans l'agrégat abstrait pour Zuydervelt.

Mêlant bribes de mélodies acoustiques et échantillonnages assemblés avec un respect évident du matériau d'origine, ces évocations imprécises semblent errer au gré des récollections de leurs auteurs et de leurs sensations indécises, culminant sur la mélancolie caverneuse d'Ice Bow dont les grouillements mouvants signés Machinefabriek sont transcendés par le violoncelle dramatique d'Aaron Martin, collaborateur de Dag Rosenqvist (Jasper TX) au sein de From The Mouth Of The Sun. Toutefois, des très zen et engourdis Ice Strings et Snow Bellsnow (Roden) au radiant Floor Radio tout en drones solaires et percussions chaotiques (Machinefabriek) en passant par le bien-nommé Wind particulièrement spleenétique et entêtant (Zuydervelt également), l'album compte bien d'autre sommets, jamais ostentatoires mais toujours parfaitement à leur place pour rendre compte de cette régression fœtale empreinte d'une sagesse ancestrale que le duo expérimente ici sur près de 45 minutes.

C'est au lac Mindelsee, situé à quelques centaines de mètres du lieu d'exposition, que Sabine Bürger a tourné ses vidéos, c'est donc également là que Machinefabriek a constitué sa sonothèque faite de bric et de broc. Pour autant, rien d'indissociable entre les deux médias qui nous ferait ressentir un quelconque manque à l'écoute du seul CD hormis peut-être celui du surround dont bénéficie la galerie, Steve Roden lui même ne s'étant d'ailleurs jamais rendu sur place, répondant aux compositions largement improvisées de son correspondant par des enregistrements réalisés dans son propre environnement aux abords de Los Angeles. Lichtung se termine ainsi non pas sur une collaboration au sens strict mais bien sur une réinterprétation live par Zuydervelt, à l'occasion du vernissage, de sons fournis par Roden agrémentés de ses propres field recordings de bruits naturels tels que des craquements de brindilles, le bruissement des feuilles ou l'écoulement de l'eau. Suintant le mystère à l'image de son titre, Vayhinger est également la pièce la plus inquiétante de l'album, laissant entendre par ses basses fréquences bourdonnantes et ses étranges imprécations en canon que creuser dans la roche des souvenirs les plus profondément enfouis n'est pas toujours recommandé pour l'équilibre de l'esprit...

Rabbit

L'album sort dans une semaine mais s'écoute d'ores et déjà via la page Bandcamp de Machinefabriek, particulièrement surchargée en ce début d'année :

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