jeudi 19 juillet 2012

A Bleeding Star - The Wolfbitten Melodies Of My Snowfallen Memories


Date de sortie : 13 juin 2012 | Label : Twisted Tree Line

Si cet objet est officiellement la première sortie physique et signée de A Bleeding Star, l'histoire musicale de son auteur ne démarre pas là. Autrement connu sous le nom d'Alex Goth, le Canadien a donné naissance à ce projet en 2008 et depuis, pas moins d'une quinzaine d'albums auto-produits ont vu le jour. Dark ambient, drone, spectres et guitare acoustique, tels sont les instruments que manie et qui caractérisent sa patte. Accorder à ses morceaux des titres sans fin en fait partie, et ce nouvel EP n'échappe pas à la règle. Alors que The Aesoteric Cartography Of My Astral Travel'd Phantasmasy sortait discrètement en novembre dernier, aujourd'hui c'est Twisted Tree Line, label affilié au très intéressant Somehow Recordings, qui lui ouvre ses portes. Consacrées à l'ambient et à l'électro-acoustique nébuleux, ces deux structures sont gérées par Tim David Brice et Nico Brice, et accueillent en leurs rangs des artistes comme Hakobune, Ex-Confusion, Isnaj Dui et bien d'autres. The Wolfbitten Melodies Of My Snowfallen Memories a trouvé maison mère.

On pourrait poser que le cœur de la musique de ABS n'a que peu varié. Un cocon de ténèbres autour duquel il brode d'infinies volutes demeure le noyau de ces fraîches et macabres compositions. Si avoir recours à des crépitements en tous genres pour révéler une dimension organique a cessé d'être original, l'usage ici de grésillements et de puissantes interférences représente l'armature même des morceaux. Le parti pris est donc tout autre. Lorsque notre homme décide d'érailler ses sons, c'est le bruit que ferait un bout de croûte terrestre en train de cuire dans un chaudron qui vous inonde le crâne. Toute la capacité hypnotique et intrigante repose sur les cabrioles de guitare, sur les étreintes des cordes et des drones écumeux. Si le dark ambient est l'apanage des présentes compositions, il n'est pas impossible d'y entrevoir des étincelles de musique concrète ou les traces d'un shoegaze décharné. La noirceur a beau embrasser la moindre sonorité, The Wolfbitten Melodies... n'est pas de ces œuvres flippantes creusant leur route au cœur des catacombes. Le ton choisit d'être plus grave et plus poétique que cela. 

Le titre liminaire, As the Snow Fell Beautifully...I Found Myself Night-Possessed Into A Deep Wintry Sleep s'amorce avec lenteur sur une mélodie cinématique, jouée au piano. Doucement, l'enveloppe fantomatique se met à vibrer puis se craquèle, laissant la guitare affleurer. S'ensuit une tempête sur le fil du rasoir, oscillant entre le crescendo des accords et un refus tout net de la mélodie. Une fois n'est pas coutume, aucun des quatre titres de cet EP ne dépasse les cinq minutes. Beware: The Wolven'ly Daemonic Beasts Of thy Darkest Dreams Shall Always Be There annonce une toute autre couleur. Deux coups sourds, sorte de gong des bas-fonds, précèdent un déluge de riffs rageurs et magnifiques. Torrentielle, la guitare de A Bleeding Star crie, se fracture et chatoie. Derrière elle, le ciel craque et s'ouvre, les deux se répondent. Le désespoir s'allume parfois d'éclairs de folie violente et ironique. 

Le troisième chapitre, Upon Awakening From My Wild Revery... (je tronque) laisse retomber le souffle, dessine le flamboiement d'un âtre, peut-être la proximité de l'ombre ciselée d'un verre d'absinthe. La scission à nouveau entre le début et la fin du morceau se révèle troublante. I Suddenly Felt A Surge Of Deadly Lycantropy dit la fin de son titre. Sûr que les pulsions incompatibles et autres paradoxes existentiels peuvent, en ces heures tourmentées, trouver une illustration. C'est avec l'immense dernier titre que toute la beauté fragile et hantée de la musique du Canadien prend toute sa consistance. Presque une mise à nue, By Her Full Moon's Cherish'd Rise... sonne comme l'acceptation de la mélodie et de la cohérence. Si elle demeure floue et vaporeuse, la danse des cordes s'est faite plus fluide. Les nuances adoptées sont belles à pleurer, et il faut attendre plusieurs minutes pour qu'un grésillement caverneux zèbre l'atmosphère. Répétition de l'équivalent musical d'un sourire maussade, les cinquante dernières secondes touchent au sublime.

Pénétrer et apprécier les œuvres noires de A Bleeding Star n'est pas anodin. Le chemin paraît convulsif et capricieux et l'aboutissement réserve son lot de fièvre et de frissons. Entre ses strates de noise et son ballet enivré de cordes, The Wolfbitten Melodies Of My Snowfallen Memories en est peut-être la meilleure porte d'entrée.

Manolito



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