dimanche 25 novembre 2012

Brambles - Charcoal


Date de sortie : 22 octobre 2012 | Label : Serein

Un anglais, Mark Dawson, voyageur et installé à Melbourne, donne corps à un premier album. Un label exigeant et gallois, Serein, lève le voile sur cet objet désarmant. D'abord il y a le piano, qui éclaire et manoeuvre, limpide. Puis vient cette impression d'isolement, de cheminement solitaire dans un lieu anonyme, pourvu qu'il fasse nuit, le long des nimbes des réverbères ou face à des champs endormis.

Charcoal se loge à l'orée de l'ambient, et élabore sa fondation à partir d'arrangements acoustiques. Sur la forme, ce genre de terrain connait une exploitation continuelle, parfois de façon inodore, souvent de manière riche et renouvelée. Sur le fond, difficile de ne pas se fendiller légèrement pour laisser les brumes fragiles de Charcoal nous imprégner jusqu'au bout. Difficile également de trouver les mots justes pour raconter cet album. De l'enveloppe électronique on peut dire qu'elle esquisse des parterres savamment texturés. Si le piano décide de vous faire flotter le corps, traçant des horizons de battements ou des courbes d'éther, la matière pénétrante réside bien souvent dans l'usage des cordes.

A en croire les dires du label, cet album ne donne pas dans la mélancolie. Je me permettrai de ne pas être d'accord. Si le terme est galvaudé, le sens lui, a tout à voir avec les auréoles de doute qui émanent de la musique de Brambles. L'incertain et le flou, sillonnés de vapeurs neurasthéniques et de papillons noirs, planent en souverains sur les fissures qu'ouvre l'album. Alors oui, la tristesse est transcendée, lumineuse même, mais nullement inexistante. Le charbon et les ronces jamais ne mentent, au coeur de Charcoal, la poésie est noire ou n'est pas.

Au plan structural, la contribution des field-recordings doit être dignement soulignée. La dimension craquelée, végétale, parfois marine de l'objet réside précisément dans la place de premier choix qu'occupent les captures de sons naturels. La plus profonde estafilade est creusée dès le troisième titre. In The Androgynous Dark ou le temps qui s'arrête et vous avec, pour goûter à une lente brûlure au plexus solaire. Dans un écrin de bruissements et en une poignée de notes immaculées, Brambles écorche, bouscule et met à terre. L'enchainement avec Salt Photographs densifie l'emprise. Contemplatif et long en bouche, le morceau dissimule à peine une poignante ascension. Gracile et relevé de trainées de cordes, Pink And Golden Billows peut être situé, avec le final minimaliste Unsayable, du côté de l'errance désirable, de la nuit que l'espoir anime. A l'inverse Deep Corridor plonge dans l'ambient pur et saumâtre, qu'une sourde pulsation vient balayer. Seul de lointains murmures rappelleront l'auditeur au vivant. Du côté du sublime, achevons de citer To Speak Of Solitude, dont la majesté et l'absolue finesse ouvrent le disque, et Arête qui joue avec le vide et folâtre avec la grâce.

Ténébreux, feutré mais surtout très beau, Charcoal est de ces premiers jets aboutis comme rarement. Sous la poussière et les feuillages il est ardemment conseillé de faire étape.  

Manolito


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