jeudi 22 novembre 2012

Interview from the heart of darkness : 4/ Thot


Après les États-Unis, le Canada et la France, notre série d'interviews avant compil' fait escale en Belgique pour y rencontrer Grégoire Fray, maître de cérémonie du groupe Thot qu'il incarne même en solo sur le récent EP The Fall Of The Water Towers (téléchargeable à prix libre via Bandcamp) dont l'orientation plus folk et dark ambient en a surpris plus d'un. Rattaché un peu vite au renouveau électro-indus d'une scène belge marquée par l'héritage de ses glorieux faits d'armes à la grande époque de l'EBM (Electronic Body Music) des années 80, Thot, pourtant, regardait bien plus loin dès 2005 avec The Huffled Hue, de pianotages gothiques en tourbillons shoegaze ou saillies digital hardcore, et mêlait déjà sur le maxi Ortie I (2009) punk, indus et glam rock acoustique, ouvrant la voie au déluge power noise comme aux respirations acoustiques tout aussi intenses et dramatiques d'Obscured By The Wind l'an dernier. Quant au morceau A Delicate Path que vous pourrez bientôt écouter et télécharger tout comme l'intégralité de notre compilation à venir, on y retrouve ces influences flirtant avec le drone et l'électronique qui rapprochent aujourd'hui le Bruxellois du collectif Prairie, dont il nous parle justement plus bas extrait à l'appui. Autant dire que la "vegetal noise" en friche de Grégoire Fray pousse dans tous les sens et a encore de vertes heures devant elle !



L'interview

Des Cendres à la Cave : Que trouve-t-on dans ta cave - ou dans l'endroit où ta musique prend corps ?

Grégoire Fray : Des chardons électriques, des collines silencieuses, des éoliennes bavardes, ou bien encore des châteaux d'eau en pleine chute.

DCALC : Tu as un passif très électro-indus, rhythmic noise, mais sur ton dernier EP The Fall Of The Water Towers ton approche est plus atmosphérique et acoustique, influencée par le drone et l'ambient. Qu'est-ce qui ta amené à explorer cette voie ?

Grégoire : The Fall Of The Water Towers a été construit sur des chutes de studio d'Obscured By The Wind (l'album précédent) et je ressentais le besoin d'explorer une facette moins électrique de mon univers afin d'amorcer la  transition vers le futur de Thot.
C'était une manière de porter une regard apaisé sur les réalisations antérieures afin de regarder l'horizon sereinement. Et puis tu sais, il y a toujours eu une base très acoustique, voire folk, à mes morceaux car la plupart du temps, j'écris d'abord à la guitare acoustique.
Ce sont donc des codes que je maîtrise et que j'ai adoré approfondir sur cet EP.


DCALC : Tu as déjà sorti des vidéos plutôt ésotériques pour deux des six titres de l'EP (cf. ci-dessus et plus bas), d'ailleurs édité sous la forme d'un livre disque. L'histoire continuera-t-elle en images sur les chapitres suivants ?

Grégoire : Oui, et plus que jamais, ces vidéos me permettent de faire des liens entre le passé et le futur. Thot a toujours été un projet dans lequel le visuel a un rôle aussi important que la musique. Il n'y a pas d'autre vidéos de prévues pour cet EP cependant, je préfère me concentrer sur ce qui viendra pour le prochain album, et ce en compagnie d'Arielle, la VJ du groupe, qui œuvre beaucoup en amont.

DCALC : Et justement, si tu devais associer ton morceau pour la compilation à une image, quelle serait-elle ?

Grégoire : Une fin de journée d'automne, le soir qui tombe, et la brume qui s'avance doucement dans les rues, enveloppant les passants et déjouant les sens de chacun.


DCALC : Le souhait de Thot de se produire sur scène en France semble se heurter à la frilosité des programmateurs qui peinent à vous étiqueter. Que dirais-tu à ceux qui peut-être nous lisent pour les encourager à passer outre ce genre de considérations ?

Grégoire : Que l'étiquette musicale (électro-indus, rhythmic noise) collée à Thot est réductrice par rapport à ce que nous développons vraiment sur scène. Je n'ai jamais cherché à coller à un style musical quelconque avec ce projet, mais seulement à mettre les bonnes notes sur ce que j'avais envie d'exprimer. Écoute des morceaux tels que Blue And Green et Spellbound Fields sur notre dernier album. Quand l'un dévoile ses charmes électronica, l'autre enfante une tempête industrielle. Pourtant, il est question du même univers émotionnel. C'est ce genre de démarche qui m'anime. Et il en est de même avec le groupe live. Donc à vous qui me lisez, si vous êtes organisateurs ou programmateurs, faites-nous confiance, on vous promet de l'intensité sonore et sensorielle.


DCALC : Parmi les invités de l'EP on trouve notamment Colin H van Eeckhout, chanteur d'Amenra dont le nouvel album Mass V sort ces jours-ci. La scène belge des musiques "expérimentales" ou "extrêmes", c'est un peu comme une grande famille pour toi ?

Grégoire : En effet, je suis de très près ces différentes scènes et il y a énormément d'artistes doués, aux univers passionnants. Mais voilà, c'est avant tout l'univers ou le discours d'un artiste qui me parle, avant le style dans lequel il est rangé.
Quant à la scène expérimentale, elle est très prolifique, et d'ailleurs, je viens de rejoindre le projet Prairie en tant que musicien live, et c'est grisant de s'essayer à de nouvelles choses au service de l'univers de quelqu'un d'autre.


DCALC : D'ailleurs They Eat Thistles, une compilation de reprises de Thot, est sortie l'an dernier sur ton label White Leaves Music. Comment as-tu réuni ces artistes aux univers parfois radicalement opposés ?

Grégoire : Ce sont simplement des artistes qui avaient déjà remixé Thot par le passé et j'avais envie de les réunir pour les remercier.

DCALC : Ta veillée de fin du monde, tu comptes la passer comment ?

Grégoire : La fin de quel monde ?

DCALC : Et si on en réchappe, quels sont tes plans pour 2013 ?

Grégoire : Un nouvel album pour Thot évidemment, avec de nouveaux morceaux dont je suis assez fier. Mon processus d'écriture et de composition a bien évolué, et j'y explore de nouveaux horizons sonores mais aussi émotifs qu'il me tardait d'aborder. Il y est question de la disparition d'une ville.



Le cadeau de Thot

Après les chapes de drones spectrales et saturées de Prairie en guise d'avant-goût d'un premier EP prévu pour bientôt, c'est dans la production nébuleuse et fantomatique de ce remix pour l'Anglaise Carina Round offert en téléchargement que Grégoire Fray nous donne à entendre un nouvel aperçu de l'atmosphère du morceau composé pour notre compilation. Enjoy !




Quelques liens

- le site officiel de Thot
- Thot sur Bandcamp / Facebook / Soundcloud
- The Fall Of The Water Towers chroniqué sur IRM

Propos recueillis par Rabbit / Photo : Anne Fontenelle

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