mercredi 27 juin 2012

To Travel Without Any Certain Destination - s/t


Date de sortie : 19 juin 2012 | Label : Signifier

L'intitulé n'est pas anodin. Cet album trace des chemins fortuits vers des espaces que l'on explore avec une pluralité d'émotions. L'homme qui se tient derrière ce projet se nomme Manos Chrisovergis. Le Grec est probablement plus connu de certains sous les noms de Last Days of S.E.X., son projet rhythmic noise, ou de Libido Formandi, davantage porté sur l'industriel, dont les albums, et notamment le très bon Insignificancy Risings en 2011, sont parus chez Hands Production. Les versants que sonde ce premier album de To Travel Without Any Certain Destination adoptent des teintes plus ambient et un brin plus expérimentales qu'auparavant. Chrisovergis a ainsi choisi Signifier, le jeune label de Shannon Malik qui signe sa cinquième sortie pour 2012 – le Moments In Time de The Carapace avait déjà marqué les consciences.

L'ouverture de ce disque ne laisse que peu de doutes sur l'atmosphère dont il est fait. Les ombres sont graves et leur présence, totale. Sans être putride, l'air que l'on respire est celui des caves, des faubourgs et des forêts moites. Chrisovergis incorpore avec finesse ses divers ingrédients, aux nappes charnues s'ajoutent des textures crissantes et industrielles, les field-recordings et les incursions de guitare interviennent ponctuellement, et la rythmique oscille entre cheminement downtempo et impulsions tribales. Parmi les contrées et recoins parcourus, certains peuvent s'avérer escarpés. Percé de signaux menaçants et sourds, By No Means (Of Transportation) Necessary dessine des breaks fracturés et brûle d'une froide frénésie. Les territoires imprévus que l'artiste se plait à visiter et à décrire ont ceci d'indéniable qu'ils concernent souvent la ville. Les lueurs vacillantes que TTWACD allume au sein de ses titres, les murmures frémissants et le sentiment d'isolement parmi la multitude renvoient directement à une dimension urbaine et grise (Guided By City Vibes). L'indolente répétition des percussions concrètes (Being Lost) pourrait presque évoquer le roulis constant d'individus et de véhicules comme pouls d'une chimérique mégalopole.

Obscurs et paisibles, occultes et familiers, les états dans lesquels plonge cet album célèbrent l'ambivalence. La noirceur ne se fait jamais absolue, laissant, au gré d'une bribe de guitare, s'échapper quelques halos rassurants et autres fragments d'une poésie plus blanche. L'auditeur traverse l'oeuvre comme un étranger arpente un territoire sans être pour autant dépossédé de ses repères. Difficile de définir le ou les genres qui s'entrecroisent en son sein, expé, indus, un peu d'ambient... et puis quoi ? Pourtant impossible d'être complètement dérouté lorsque grondent ces drums qui semblent échappées d'un lointain trip-hop et s'être infectées en route, ni même lorsque le beat, porté par d'enveloppantes vapeurs, se fait cotonneux et plissé.

Avec cet album, Chrisovergis élargit son spectre artistique de façon remarquable. Dans mon cas et sans pouvoir en expliquer la raison, le premier sentiment que procura cet album fut la curiosité. Une fois intrigué, c'est avec délices que l'on pénètre dans les dédales sous-terrains, que l'on emprunte les corridors et entrebâillements qui ponctuent la route et qu'enfin on se perd, une fois parvenu à cette splendide et nébuleuse destination. L'artwork – une photographie de Danae Renieri – n'aurait pu être mieux choisi. Le mystère et les brumeux recoins sont la substance même de l'oeuvre éponyme de To Travel Without Any Certain Destination. Très belle exploration. 

Manolito


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