mardi 14 février 2012

Astral & Shit - Subtile Corpus


Date de sortie : 6 janvier 2012 | Label : Someone Records

Astral & Shit n'a rien d'un descendant suburbain de Sun Ra, si ce n'est peut-être une certaine propension à se projeter dans l'infinité nébuleuse d'un cosmos organique et une discographie bien partie pour devenir aussi vaste et insondable que la voie lactée. Non pas que ce projet du Russe Ivan Gomzikov puisse d'ailleurs se prévaloir de plus d'une poignée d'années d'existence, mais d'aventures solo en split albums avec ses compatriotes Helix Nox, Sleep Column ou encore Nik XaOS, on ne sait déjà plus ou donner de la tête parmi les disques sous licence Creative Commons librement téléchargeables via archive.org.

A ce train-là, autant commencer par la fin et ce premier album pour Someone Records, toute jeune écurie de l'Ukrainien r.roo dont les propres sorties devraient rivaliser de récurrence dans nos pages cette année avec celles de ce label prometteur consacré aux versants les plus sombres et mélancoliques de l'IDM et du dark ambient. La musique d'Astral & Shit, elle, s'inscrit ouvertement dans la seconde catégorie, associant à ses froides évocations cosmiques parcourues d'oscillations radiophoniques ou d'ondes électro-magnétiques, d'étranges empilements de field recordings mêlant bruits de circulation, cris d'oiseaux nécrophages, murmures de conversations et autres dérèglements météorologiques.

Autant dire qu'on n'est pas vraiment là pour rigoler et que ces six titres majoritairement longs et immersifs ne pouvaient que trouver dans notre cave un écho favorable. Si l'on appréciait déjà le fourmillement stellaire de Duo Aprilis ou la chape de plomb morbide du bien-nommé Pavor Nocturnus ("terreurs nocturnes"), le corpus du musicien étend ici son registre à des chœurs féminins déformés jusqu'à l'abstraction, faisant de l'espace une fenêtre ouverte sur le sacré (une direction approfondie par le tout récent Fragment Of God commenté ici). Mais que l'on ne s'y méprenne pas, l'ésotérisme d'Astral & Shit n'a rien de béat et malgré des harmonies plus aériennes que rampantes, c'est dans un véritable vortex de lumière noire que nous entraînent tels les chants des sirènes de la mythologie originelle les drones liturgiques de ce Subtile Corpus aux allures de chemin pavé vers l'au-delà.

Les field recordings, au diapason des nappes analogiques et chœurs sus-mentionnés se font ici moins reconnaissables, parfaitement intégrés à l'ensemble de même que les percussions d'un autre temps aux échos quasi mystiques émaillant le lancinant Eater, pièce maîtresse de plus de 12 minutes qui se mue en océan de larmes à mesures que les couches de voix se superposent telles un flot de lamentations fantomatiques. Comment résister à telle thrénodie se dit-on en descendant le Styx, emporté par le courant plus apaisé de Fessus Per Orbem mais avant même que l'on ait compris le subterfuge et remarqué les ectoplasmes qui grimacent en vain sous la surface, les incantations de Musculus et leurs cliquetis métalliques ont tôt fait de nous enchaîner pour de bon, transition abrupte qui en dit long. Subtile Corpus, un corps effilé en latin, tellement effilé qu'il ne lui reste plus que la peau sur les os pour errer dans les limbes, délesté de son âme, pour l'éternité.

Rabbit

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